Même sans AVSplus, le 1er pilier sera bientôt dans une situation financière critique

Un outil en ligne pour des prévisions personnelles concernant le financement du 1er pilier

Notre outil de calcul AVS a été actualisé, vous pouvez maintenant tester de quelle manière l’immigration, le taux de cotisation, l’âge de la retraite, la croissance des salaires, ainsi que d’autres variables influencent les perspectives financières de la prévoyance vieillesse.

Le 25 septembre dernier, les votants ont majoritairement refusé d’augmenter les rentes AVS, dont la situation financière est déjà critique.

Les personnes âgées ont voté en faveur du renforcement de l’AVS

Il est intéressant de voir comment le soutien à l’initiative AVSplus a varié en fonction des catégories d’âge : selon le sondage post-électoral de Tamedia sur la votation fédérale populaire du 25 septembre, seuls 21% des 18–34 ans ont accepté l’initiative, qui demandait 10% de rentes AVS en plus dès maintenant pour tous les retraités actuels et futurs. Parmi les 35–49 ans, le «oui» s’est élevé à 32%, auprès des 50–64 ans à 53% et chez les plus de 65 ans à 57%. L’initiative a été soutenue par (presque toutes) les personnes qui n’ont plus que quelques années à travailler devant elles, alors que les retraités l’ont quant à eux nettement approuvée.

Cela indique de manière frappante que même en Suisse, où les votants sont régulièrement félicités pour leur maturité et leur clairvoyance, les intérêts financiers personnels ont une influence considérable sur le vote. Et c’est précisément sur la capacité de réforme de la prévoyance vieillesse que l’âge médian des votants, qui se situe aujourd’hui déjà à 56 ans et atteindra 60 ans d’ici 2025, joue un rôle. Avenir Suisse a mis en évidence ce défi au cours de l’été. Si la votation a tout de même été globalement rejetée, cela est dû au fait qu’elle était manifestement considérée comme déraisonnable dans le contexte actuel. L’approbation des personnes âgées était ainsi moins forte que le refus des jeunes.

Effectuez votre propre prévision AVS

Malgré le refus d’une augmentation des rentes AVS, les défis financiers auxquels l’AVS sera confronté à l’avenir n’ont pas disparu pour autant. Celui qui veut actuellement prouver cela risque d’avoir un problème de crédibilité : les déficits des années 2000 avaient été prédits dans les années 1990 déjà, mais en réalité, les dépenses ont dépassé (marginalement) les recettes pour la première fois en 2014. On a rapidement tendance à prêter une motivation politique à de tels diagnostics erronés. Mais dans le fond, ces pronostics s’expliquent simplement par des suppositions liées à l’évolution des variables, plausibles dans le passé (et basés sur les meilleures appréciations possibles) mais incorrects aujourd’hui. Qui aurait par exemple supposé durant la croissance extrêmement faible des années 1990 que la Suisse connaîtrait une période d’immigration de main-d’œuvre hautement qualifiée (qui soutient de manière décisive l’AVS) une douzaine d’années plus tard ?

Après 15 années de prévisions démographiques revues continuellement à la hausse (voir article de Lukas Rühli du 08.07.2015, seulement en allemand), le danger provient aujourd’hui d’une surestimation de l’immigration future, et donc d’une sous-estimation de l’inquiétant déficit de l’AVS.

AVS_calculCliquez ici pour télécharger l’outil de calcul

Afin de rendre les scénarios sur l’avenir de l’AVS plus objectifs, Avenir Suisse a mis à disposition il y a déjà plusieurs années un outil de calcul en ligne régulièrement actualisé. Chacun peut l’utiliser pour élaborer ses propres prévisions et en tirer des conclusions.

Parallèlement à l’immigration, différents facteurs influencent les perspectives de financement de l’AVS :

Vous avez à votre disposition cinq variables économiques et quatre variables politiques que vous pouvez adapter à votre gré.

Le scénario de référence de l’Office fédéral de la statistique sert de scénario de comparaison et de point de départ en matière d’évolution démographique. Il en va de même pour les hypothèses initiales relatives à la croissance des salaires réels, aux taux d’inflation et au rendement des placements qui correspondent pour l’essentiel à ceux du Conseil fédéral.

La courbe noire du graphique montre le développement du fonds AVS (échelle de gauche). Ce dernier résulte de l’accumulation des résultats d’exploitation et ne devrait pas être inférieur à 100% des dépenses annuelles. La courbe rouge indique le développement du résultat de répartition (échelle de droite). Celui-ci correspond au résultat d’exploitation après déduction des gains des investissements du fonds AVS. Le résultat de répartition représente beaucoup mieux l’élément démographique que le résultat d’exploitation, ce dernier étant faussé par le rendement des investissements. Il ne devrait pas être inférieur à zéro.

Avant de vous lancer dans l’expérience, nous vous proposons de lire les explications des variables données ci-dessous. Celles-ci devraient vous aider à choisir des valeurs plausibles et à interpréter les résultats obtenus.

Explications relatives aux variables économiques

Croissance du salaire réel (sans changement structurel) : taux de croissance annuel du salaire moyen réel d’une personne active dans une filière professionnelle particulière. Puisque les rentes sont indexées uniquement de moitié par rapport à la croissance du salaire réel, une forte croissance a un impact positif sur le fonds AVS.

Croissance du salaire réel à travers un changement structurel : taux de croissance annuel du salaire moyen réel, provenant non pas de l’augmentation de salaire dans une filière professionnelle, mais de changements de structure pour l’employé (diminution des secteurs à revenus faibles, croissance des secteurs à haut revenus). Cette croissance augmente uniquement les recettes de l’AVS et non les dépenses car l’indice mixte de l’AVS prend uniquement en compte l’augmentation de revenu au sein d’une filière professionnelle. Une part plus élevée de la croissance du salaire réel à travers un changement structurel améliore ainsi nettement les perspectives financières de l’AVS.

Taux d’inflation : celui-ci n’a qu’une influence marginale sur le calcul: les rentes ne sont adaptées à la hausse des prix que tous les deux ans, tandis que les contributions AVS dépendent directement du salaire nominal. Dans les années où il n’y a pas d’adaptation, les dépenses (réelles) de l’AVS sont donc légèrement inférieures. Des taux d’inflation élevés apportent alors des économies, ce qui, à long terme, influence positivement le fonds AVS.

Immigration : dans son nouveau scénario de référence sur l’évolution future de la population (A-00-2015), l’OFS escompte un très léger recul du solde migratoire net, très élevé ces dernières années. L’immigration, qui s’élève aujourd’hui à 80’000 personnes par année, devrait diminuer à 60’000 personnes d’ici 2020, puis à 40’000 d’ici 2045, ce qui serait toujours largement supérieur au solde migratoire enregistré jusqu’à maintenant. Face à l’actuelle méfiance à l’égard de l’immigration, ces chiffres semblent exagérés. Pour une alternative, vous pouvez choisir le «scénario bas» (A-07-2015) qui escompte un recul du solde migratoire net à 40’000 personnes d’ici 2020 et 20’000 personnes pour 2045. Pour cela, placez la valeur dans la case sur «0». Une forte immigration joue en faveur du calcul de l’AVS, puisque parmi les immigrés, les jeunes actifs sont surreprésentés.

Rendement des investissements : rendement annuel de la fortune gérée du fonds AVS. Pour atteindre un rendement réel de 2%, alors que l’inflation se situe à 1%, le rendement nominal devra s’élever à 3% (1% + 2%). Le taux d’intérêt de 2,0% du scénario de base correspond à la valeur moyenne depuis 1990, mais semble aujourd’hui plutôt optimiste. Un rendement élevé a évidemment un impact positif sur le résultat d’exploitation et sur le développement du fonds AVS, sans pourtant influencer le résultat par répartition.

Explications relatives aux variables politiques

Corrélation entre l’âge de la retraite et l’espérance de vie : cette option remonte à une proposition d’Avenir Suisse publiée il y a déjà 7 ans qui suggère une adaptation graduelle de l’âge du départ à la retraite à l’augmentation de l’espérance de vie restante à 65 ans. Ce mécanisme pourrait alléger considérablement les charges du fonds AVS et la durée des versements des rentes pourrait ainsi être stabilisée. Pour une corrélation parfaite entre l’âge de la retraite et l’espérance de vie, insérez la valeur «1». Vous pouvez également choisir une autre valeur entre 0 et 1, une valeur de 0,6 indiquant par exemple qu’à chaque année supplémentaire d’espérance de vie à 65 ans correspond une augmentation de l’âge de la retraite de 0,6 an.

Taux de cotisation : insérez ici un taux de cotisation en pourcentage du revenu. Le modèle calcule l’impact d’une augmentation ou, au choix, d’une réduction graduelle et linéaire du taux de cotisation à partir de 2017 jusqu’en 2036. Après cette date, le taux reste stable.

Taux TVA : insérez dans cette case un taux de TVA de votre choix. Actuellement, 0,83 points de pourcentage de la TVA sont reversés à l’AVS. Dans notre modèle, tout montant au-dessus de 8,0% sert directement au financement de l’AVS. Le modèle calcule l’impact d’une augmentation ou, au choix, d’une réduction graduelle et linéaire du taux TVA à partir de 2017 jusqu’en 2036, date à laquelle le taux atteindra la valeur que vous aurez choisi. Après cette date, le taux TVA reste constant.

Réduction des rentes de x% : insérez ici un objectif pour une éventuelle réduction des rentes. Rappelez-vous que la réduction des rentes choisie s’effectuera graduellement à partir de 2017 et n’atteindra sa pleine efficacité qu’en 2036.

Mots-clés: 1er pilier, AVS, AVS, contrat entre générations, prévention vieillesse
Lukas Rühli travaille depuis 2010 en tant que Senior Fellow auprès d’Avenir Suisse et s’occupe principalement des thèmes liés aux institutions politiques de la Suisse (fédéralisme, structures des communes, péréquation financière, démocratie directe), ainsi que des questions de visualisation des données. Il a fait des études d’économie à l’Université de Zurich et a rejoint Avenir Suisse en tant qu’assistant de recherche en 2008.
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