Depuis lundi, les négociations ont repris. A Berne, les parlementaires se réunissent pour la dernière session de l’année, qui est largement consacrée au programme d’allègement budgétaire. Les esprits s’échauffent. Des amateurs de trains de nuit aux fans de «Jeunesse+Sport» en passant par les gouvernements cantonaux, tout le monde craint d’être touché par les mesures d’austérité. Mais presque plus personne n’a une vision globale de la situation. A l’occasion du début de la session d’hiver, voici donc cinq faits sur la situation financière de la Confédération, avec une vue d’ensemble.
1. La Confédération n’a pas vraiment fait d’économies, et n’en fera pas
Depuis l’introduction du frein à l’endettement en 2003, les dépenses fédérales par habitant ont augmenté de 26 % après correction de l’inflation. Les dépenses sociales ont connu une croissance particulièrement forte, avec une hausse de près de 44 %. Malgré les gros titres affirmant le contraire, on ne peut pas parler d’économies. En effet, «économiser» signifie généralement que l’on dépense moins que l’année précédente. Mais même avec le programme d’allégement budgétaire, la Confédération prévoit une croissance nominale annuelle des dépenses de 3,2 % jusqu’en 2029.
2. La performance économique ne suit pas le rythme des dépenses fédérales
Ce que l’Etat dépense doit être généré par le secteur privé. Pour le dire de façon plus imagée, cela signifie que la société doit d’abord cuire un gâteau, dont une part est ensuite utilisée pour l’Etat. Le problème est que le gâteau dans son ensemble croît plus lentement que la part attribuée à l’Etat. La Confédération prévoit une croissance économique nominale d’environ 1,5 % pour 2025 et 2026. Les dépenses de la Confédération augmentent donc nettement plus fortement que la performance économique.
3. La charge fiscale continuera d’augmenter de manière surproportionnelle
Lorsque les dépenses publiques augmentent plus rapidement que la performance économique, une part toujours plus importante de la valeur ajoutée est automatiquement versée dans les caisses de l’Etat. Entre 2010 et 2020, les salaires réels ont augmenté de 8,4 %, mais la charge fiscale des particuliers au niveau fédéral a augmenté de 16,2 %, sans aucune augmentation formelle des impôts. Comment cela est-il possible ? La réponse se trouve dans le point suivant.
4. Le système fiscal comporte un défaut de conception
Notre système fiscal est progressif. Parallèlement, les progrès technologiques entraînent au fil du temps une croissance réelle de l’économie et des salaires. Ainsi, la population dans son ensemble se retrouve progressivement dans des tranches d’imposition de plus en plus élevées : la quote-part fiscale augmente automatiquement, sans qu’aucune décision ne soit prise dans les urnes. Cette «progression à chaud» est déjà compensée dans les pays scandinaves. En Suisse, nous n’en sommes qu’au tout début. Des interventions parlementaires sont toutefois en cours dans divers cantons. Et au niveau fédéral ? Le sujet sera abordé au Conseil national dans les prochaines semaines.
5. Augmenter la dette ne résout pas le problème
Comme à chaque examen des finances publiques, la question suivante finira par se poser : pourquoi ne pas simplement augmenter la dette ? La réponse est simple : la dette d’aujourd’hui, ce sont les impôts de demain, et elle engendre dès aujourd’hui des coûts sous forme de paiements d’intérêts. Cet argent fait ensuite défaut pour d’autres dépenses. Bien sûr, la dette n’est pas mauvaise en soi. Elle peut être très utile en cas de crise ou pour des investissements à long terme. Mais elle ne résout pas le problème fondamental : un Etat dont les dépenses augmentent plus rapidement que sa performance économique se dirige inévitablement vers des difficultés.
Quiconque analyse les finances fédérales dans leur ensemble se dit : «Berne, we have a problem». D’autant plus que même la proposition du groupe d’experts ne résout pas le problème à long terme. Même si le programme d’allégement budgétaire était entièrement mis en œuvre, un déficit de plusieurs milliards menacerait à nouveau dans quatre ans.
De plus, il ne reste déjà plus grand-chose du programme d’allégement budgétaire initial. Face à la vague d’indignation qui a suivi la consultation, celui-ci a déjà été réduit d’environ 40 %, se transformant en un «petit programme d’allégement budgétaire». La responsabilité en incombe à une alliance d’intérêts particuliers qui s’est largement répandue dans la politique.
La situation globale des finances fédérales est ainsi ignorée. Pourtant, une bonne politique commence précisément là où l’on cesse de détourner le regard. Garder une vue d’ensemble devrait être la tâche essentielle des parlementaires au cours des trois prochaines semaines. Les «miracles bernois» ne doivent pas seulement se produire au Wankdorf, mais aussi au Palais fédéral.
Cet article a été publié dans la «NZZ am Sonntag» (print) du 30 novembre 2025.