Les vacances parfaites, un idéal qui tourne souvent au cauchemar. Des plages bondées, des files d’attente interminables et la question à laquelle personne n’échappe: c’était reposant ? Ceux qui veulent échapper au stress des vacances cet été peuvent s’inspirer de l’économie politique. Voici quatre principes économiques pour des vacances plus épanouissantes.

  1. Le coût d’opportunité : le vrai prix d’un lever de soleil parfait ?

Se lever très très tôt. Imaginez : vous vous levez à cinq heures du matin pour photographier le lever du soleil sur Santorin. Votre post Instagram devrait plus tard récolter des centaines de likes et susciter de la jalousie dans le groupe-chat familial, soit une bonne dose de satisfaction numérique. Mais cela en vaut-il vraiment la peine ?

C’est là que les coûts d’opportunité entrent en jeu : chaque décision implique de renoncer à la meilleure alternative. Votre safari photo ne vous coûte pas seulement quelques heures de sommeil, mais aussi une promenade sur la plage déserte ou un espresso au calme face à la mer. On comprend alors pourquoi tant de vacanciers rentrent chez eux stressés. Ils ont mal utilisé la ressource la plus précieuse des vacances : le temps. Ils l’ont dépensé, mais n’ont pas profité.

Lorsque vous prévoyez des activités, demandez-vous: «Est-ce que je veux vraiment ça maintenant ?». Parfois, la réponse est surprenante. Certes, vous buvez aussi du café à la maison. Mais peut-être qu’un café dans un endroit confortable du port vous procurera plus de bonheur que l’exécution frénétique d’une attraction touristique, surtout s’il s’agit déjà de la sixième d’affilée.

  1. L’utilité marginale : pourquoi ne sommes-nous pas plus heureux au bout de la 5e glace

Cela nous amène sans transition au principe suivant : l’utilité marginale. Vous êtes arrivé à Athènes en ferry, vous avez retrouvé votre chambre et maintenant vous partez direction le célèbre vendeur de glaces de la vieille ville. La première boule est divine. La deuxième : fantastique. La troisième : un peu sucrée. La quatrième ? Le bonheur laisse place à une légère nausée et à des regrets. Vous venez de faire l’expérience du principe d’utilité marginale décroissante.

Ce concept décrit le fait que pour de nombreuses choses, chaque unité supplémentaire apporte moins de plaisir que la précédente. Cela n’est pas seulement vrai pour les glaces, mais pour presque toutes les activités (par exemple dans un musée, on se demande souvent combien il reste de salles à parcourir). Pour profiter pleinement de ses vacances, il vaut mieux miser sur la variété, que ce soit en matière de sites à visiter, d’activités ou de restaurants à découvrir. On reste ainsi dans une zone d’utilité marginale élevée.

  1. Les coûts irrécupérables : le bonheur commence avec le lâcher prise

Une fois le concept d’utilité marginale maîtrisé, s’ensuit le prochain principe économique. Imaginez : il pleut des cordes, mais vous avez déjà payé 48 euros pour une visite guidée de la ville. Vous partez donc, trempé et agacé. Un cas classique de «coûts irrécupérables». Ce principe renvoie aux dépenses qui ont déjà été effectuées et qui ne peuvent plus être annulées.

D’un point de vue économique, les coûts irrécupérables ne devraient plus jouer de rôle dans les décisions qui suivent, et pourtant, ils nous plongent souvent dans des situations désagréables. Nous déambulons dans des musées de mauvaise qualité parce que l’entrée était chère. Nous finissons des repas médiocres parce que nous les avons commandés. Les bonnes vacances commencent souvent dès que l’on cesse de s’attarder sur les erreurs du passé.

  1. La critique de Lucas : pourquoi vous n’obtenez pas ce que vous avez prévu ?

Ce qui nous mène au quatrième et dernier principe économique : la critique de Lucas. Le lauréat américain du prix Nobel Robert Lucas a révolutionné la politique économique au XXe siècle. Sa critique s’applique également aux vacances, à savoir aux «bons plans». Imaginez que quelqu’un vous ait donné un bon tuyau pour un restaurant dans le vieux port. On vous promet une cuisine locale et de l’intimité, mais entre-temps, d’autres personnes ont découvert ce paradis sur Instagram. Dommage. Le côté intime n’est plus au rendez-vous.

C’est pourquoi Robert Lucas relève que dans les modèles économiques, les personnes doivent toujours être représentées comme si elles connaissaient le modèle et se comportaient en conséquence. Sans ces «anticipations rationnelles», le modèle perd de sa pertinence. Autrement dit : si suffisamment de personnes suivent le même conseil, donc le même «modèle», le bon plan devient un lieu victime de surtourisme. Comme en politique, il faut donc aussi tenir compte des changements de comportement en vacances.

Les anticipations rationnelles impliquent, au fond, que vous ne pouvez pas planifier ce qui n’a pas été découvert, ce qui est unique, voire ce qui détend. Conséquence paradoxale : quoi que vous cherchiez en vacances, ne le cherchez pas de façon systématique. Suivez plutôt votre instinct, parlez avec des personnes sur place, laissez place au hasard. Cela sonne comme un acte de défi face à la logique du tourisme. Mais même les économistes rationnels reconnaissent que le vrai bonheur en vacances ne se planifie généralement pas.

Cet article a été publié (en allemand) dans la «NZZ am Sonntag» du 15 juin 2025 .