La Confédération fait face à un problème de finances. Les dépenses augmentent plus vite que les recettes et des déficits persistants menacent à partir de 2027. Afin de pouvoir continuer à appliquer le frein à l’endettement, le Conseil fédéral a ficelé l’année dernière un programme d’allègement budgétaire. Les réactions lors de la consultation ne se sont pas fait attendre : l’EPFZ estime que le système de formation est en danger tandis que les agriculteurs craignent pour leurs revenus. Le PS parle même de «coupes massives sur le dos des gens». Certes, sur le principe, le gouvernement maintient son programme de mesures. Toutefois, fin juin, il en a présenté une version allégée.

Ce qui était présenté comme un ambitieux programme d’économies est en réalité un simple paquet de mesures d’allègement. L’analyse des propositions livre trois conclusions qui donnent à réfléchir.

  1. Le programme d’allègement budgétaire est nettement réduit.

Le groupe d’experts dirigé par Serge Gaillard, spécialiste en finances, avait initialement proposé des économies de 3,9 milliards de francs pour l’année 2027. Après la consultation, il ne reste plus que 2,4 milliards, soit une baisse de près de 40 %. Et ce, avant même que le Parlement n’ait délibéré. Une partie importante des allègements possibles a déjà disparu avant même que le débat politique n’ait commencé.

Cette situation souligne un problème fondamental : dès que des mesures d’économie concrètes sont annoncées, un réflexe de résistance se met en place. Chaque groupe concerné fait du lobbyisme et met en garde contre des conséquences catastrophiques.

  1. Il faut bien chercher pour trouver de vraies mesures d’économie.

Présenté comme un programme d’économies, ce volet de mesures vise avant tout à mieux répartir les tâches entre les niveaux de l’Etat et à introduire le financement par les utilisateurs là où il est objectivement justifié. Sur le principe, c’est tout à fait logique, mais cela n’a plus grand chose à voir avec des économies au sens propre du terme.

La plus grande partie des mesures, soit environ 40 % de l’allègement, transfère des coûts aux cantons, puisque les prestations relèvent de leur compétence. 20 % misent sur un financement accru par les utilisateurs, par exemple en augmentant les taxes d’études des EPF. Le principe est juste : ceux qui profitent doivent aussi payer. Mais cela ne permet pas d’économiser, de nombreux coûts sont simplement redistribués.

Seules 20 % des mesures concernent de véritables réductions de prestations, et même dans ce cas, il ne s’agit souvent que d’un frein à la croissance. Ainsi, les dépenses pour la promotion du sport ont augmenté de 70 % au cours des dix dernières années.

  1. Les dépenses continuent malgré tout d’augmenter.

Même avec le programme d’allègement budgétaire, la Confédération table sur une croissance annuelle des dépenses de 3,2 % jusqu’en 2029, ce qui signifie que dans cinq ans, elle dépensera 11,5 milliards de francs de plus qu’aujourd’hui. Les dépenses continuent d’augmenter, seulement un peu plus lentement que prévu.

Cela devient problématique parce que l’économie ne peut pas suivre. Pour 2025, la Confédération prévoit une maigre croissance économique de 1,2 %, et même de 0,8 % seulement pour 2026. Les dépenses publiques augmentent donc trois fois plus vite que l’économie, et donc que les recettes publiques. Cet écart se creuse de plus en plus. C’est pourquoi, malgré les mesures, un déficit structurel de plus d’un milliard de francs par an menace à nouveau à partir de 2029.

Le programme d’allègement budgétaire reste justifié, mais il s’agit d’un strict minimum qui ne suffira pas. Et au Parlement, cet ensemble déjà modeste risque d’être encore réduit. L’expérience montre qu’au sein des chambres, on n’économise pas plus, mais moins : chaque parti supprime ce qui ne lui convient pas. Au final, il ne reste plus grand-chose.

Les véritables moteurs des coûts sont alors totalement ignorés : le vieillissement de la population entraîne une forte augmentation des dépenses de retraite et de santé. Parallèlement, l’armée doit être rééquipée après des années d’économies. Cette double charge dépasse de loin tout exercice d’économie, aussi ambitieux soit-il.

La politique est confrontée à la tâche centrale de réajuster l’équilibre entre la sécurité sociale et la sécurité militaire. Pour cela, il faut avoir le courage de procéder à des réformes fondamentales, en particulier dans le domaine des assurances sociales. Sans quoi nous devrons ficeler de nouveaux programmes d’économies tous les deux ans. Nous ne ferons ainsi que repousser le véritable problème.

Cet article a été publié (en allemand) dans les journaux de CH-Media le 26 septembre 2025.