Depuis des années, notre pays figure à la tête des classements de référence dans le domaine de l’innovation et de la qualité de vie. Ces deux critères sont déterminants pour la place économique suisse. C’est en particulier la qualité des hautes écoles suisses avec ses deux EPF, ses universités cantonales et ses hautes écoles spécialisées qui ont une influence, mais le niveau de formation et la force d’innovation en général comptent aussi. Tout ceci n’est pas gratuit. Le secteur public investit près d’un cinquième de ses ressources financières dans la formation, soit 36,7 milliards de francs suisses en 2015. Près d’un tiers de ces moyens va aux hautes écoles et la tendance est à la hausse. Avec une augmentation de 70% depuis les années 2000 cette somme a progressé deux fois plus vite que les dépenses totales du secteur public. En conséquence, les dépenses de formation par étudiant sont parmi les plus élevées au monde.

Ce n’est pas qu’une question d‘argent

«Plus il y a de ressources, mieux c’est» est la devise actuellement peu contestée dans le financement des hautes écoles helvétiques. Comme le système des hautes écoles est de plus en plus financé par des ressources publiques la question de leur utilisation optimale, de manière à obtenir des résultats de pointe, est importante pour les contribuables. Malgré des coûts énormes le paysage suisse des hautes écoles ne couvre que partiellement les besoins du marché du travail. C’est en particulier dans les disciplines MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technique) qu’il y a un manque de diplômés. Dans les domaines des sciences sociales et humaines, au contraire, il n’y a pas de pénurie. Conséquence: la demande du marché du travail suisse ne peut être couverte que par des immigrants ayant la formation adaptée.

Plus ne veux pas toujours dire mieux, en particulier dans la politique de formation.<small>(Wikimedia Commons, retouche photo Avenir Suisse)</small>

Plus ne veut pas toujours dire mieux, en particulier dans la politique de formation.(Wikimedia Commons, retouche photo Avenir Suisse)

Comme les entreprises helvétiques doivent faire face à la concurrence globale, le système des hautes écoles suisses devrait s’adapter de manière plus importante à la demande du marché du travail. Les hautes écoles devraient donc se considérer comme des acteurs de la Champions League, dont les diplômés seraient très convoités sur le marché du travail. Il faut naturellement aussi des hautes écoles avec un rayonnement régional plutôt que global. Mais trop de fonds ont été affecté aux ligues régionales ces dernières années, engendrant une dispersion des moyens financiers. Il faut par conséquent mettre l’accent sur des critères d’excellence plutôt que de viser une croissance dans la largeur.

A chaque vallon son auditoire

Avec un réseau de 80 sites accueillant des hautes écoles, le pays dispose d’une densité extraordinairement élevée d’institutions. En Suisse alémanique circule déjà le bon mot «Jedem Täli siis Vorlesungsääli» («A chaque vallon son auditoire»). L’Université de Lucerne, ayant vu le jour en 2010, est la plus jeune institution helvétique. Le canton de Lucerne, bénéficiaire de la péréquation fédérale dispose déjà d’une haute école spécialisée prospère dispensant une formation en management orientée sur la pratique, mais il élargit continuellement son portefeuille universitaire. Est-ce que Lucerne construit ici l’équivalent universitaire d’un deuxième pont en bois ? En général une vérification des coûts marginaux devrait précéder chaque extension : est-ce que l’élargissement de l’offre contribue positivement à l’espace suisse de formation supérieure dans son ensemble ? Après la fondation des facultés de théologie, de droit, des sciences culturelles et sociales, l’Université de Lucerne établit sa propre faculté d’économie en 2014. Le financement des premières années opérationnelles n’a été possible que grâce à la collaboration de partenaires externes. La Confédération fournit, de manière fixe, un financement conjoint pour les étudiants et la recherche, en payant une contribution de base. C’est là le nœud financier de l’histoire.

Avec des moyens financiers accrus la Confédération a réduit, jusqu’à un certain point, les incitations pour les cantons responsables d’une haute école à se spécialiser, ou à coopérer avec d’autres cantons. Des doublons dans l’offre de formation d’institutions, qui sont géographiquement très proches, en sont la conséquence. Ceci ne concerne pas que les hautes écoles spécialisées ou les universités. L’école exemplaire qu’est l’EPF Zurich tend aussi à créer des offres parallèles, hors de ses domaines d’excellence habituels, qui pourraient être enseignées à deux pas de là, à l’Université de Zurich. Voilà pourquoi il ne faut pas augmenter encore le financement de base provenant de la Confédération, mais au contraire le réduire progressivement. Les moyens ainsi libérés devraient être distribués selon des critères d’excellence. A la place de créer de nouveaux ponts en bois dans l’espace de formation suisse, ce dernier devrait plutôt prendre de la hauteur et s’inspirer des sommets de plus de 4000m. Ce n’est qu’en prenant de la hauteur que les institutions de formation du pays peuvent atteindre des positions de pointe à l’international.

La version originale de cet article est parue dans la «Luzerner Zeitung» et dans le «St. Galler Tagblatt» du 21 février 2018.