Jérôme Cosandey, directeur de recherches à Avenir Suisse, est l’auteur de la récente étude «avenir points de vue: Le travail des seniors, un atout contre la pénurie de main-d’œuvre». Il a souligné les nombreux facteurs positifs liés à l’emploi des personnes âgées, de leur point de vue d’abord, mais aussi de celui des entreprises. Les vagues prévues de départ à la retraite des baby boomers engendrent toute une série de questions et de défis auxquels les entreprises devront répondre en exploitant de nouvelles pistes.

Un nécessaire changement de mentalité

Comme l’ont exprimé Mme Laura Venchiarutti-Tocmacov, directrice de Phare Seniors, et M. François Jung, président d’idEE-Léman, deux associations qui conduisent actuellement l’étude «Les Seniors 45+ et l’employabilité», les termes mêmes de «senior» et de «vieillesse» désignent aujourd’hui une réalité bien différente de celle que l’on a connu dans les décennies précédentes. Les baby boomers qui font aujourd’hui partie des tranches d’âge élevées ont des besoins, des envies et des modes de vie qui appellent une vraie remise en question de notre société intergénérationnelle et du monde du travail.

Il est aujourd’hui primordial d’effectuer un travail stratégique d’anticipation, d’identification des besoins et des moyens à dispositions, afin d’entamer une véritable refonte de notre conception de l’emploi, neutre vis-à-vis de l’âge et apte à relever les défis auxquels nous confrontent les évolutions démographiques et politiques.

Jérôme Cosandey, Mauro Poggia, Laura Venchiarutti Tocmacov, François Jung et Olivier Ghibellini (de gauche à droite)

Agir concrètement en entreprise: l’exemple de B. Braun Medical

Pratiquement, une entreprise ne peut pas limiter sa réflexion sur l’emploi aux seniors. Pour qu’une transition stratégique soit efficace, elle se doit d’englober l’ensemble des personnes actives.

C’est ce qu’a brillamment démontré M. Olivier Ghibellini, responsable des ressources humaines chez B. Braun Medical, une entreprise internationale dont le programme «Perspectives 50 plus» a pu amener des mesures très intéressantes pour le monde entrepreneurial. La firme met en oeuvre un système de capital en heures dont disposent tous les collaborateurs et qui leur permet de flexibiliser leur carrière. Concrètement, la vie professionnelle ne devrait plus être perçue comme une période constamment intense avant le couperet fatidique de l’âge légal du départ à la retraite, arrivant comme une libération pour des employés usés par une suractivité continue. Les problématiques de santé au travail et l’explosion du nombre de burnouts et autres maux liés à la surcharge professionnelle le montrent bien: il est nécessaire de préserver les ressources. Ne dit-on pas que «qui veut aller loin ménage sa monture»?

Dans les faits, B. Braun Medical permet à ses employés de profiter de leur compte en heures pour décider, à tout âge, de flexibiliser leur temps de travail pour conjuguer au mieux vie professionnelle et vie privée. Les cas d’application peuvent être très variés : un senior décide d’anticiper son départ à la retraite et aménageant un temps de travail partiel sur ses dernières années d’emploi pour limiter les évolutions trop brusques ; une personne d’âge moyen doit parfois prendre soin de ses enfants, mais aussi de ses parents en âge avancé ; un jeune employé souhaite entreprendre une formation continue tout en conservant son activité professionnelle à temps réduit.

Tous les intervenants se sont accordés à dire que les clés étaient là: flexibilisation et transition culturelle.

Collaborer pour mieux anticiper

Mauro Poggia, Conseiller d’État chargé du département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé (DEAS), a fait le point sur le chômage des seniors, problème ardu s’il en est, et a rappelé les mesures mises en place par la République et État de Genève pour améliorer et conserver l’employabilité des seniors, et faciliter leur réinsertion dans un marché du travail compétitif.

En Suisse, les plus de 50 ans sont très intégrés dans les entreprises, mais peinent à retrouver un emploi s’ils sont dû quitter le marché du travail. Dans ce dernier cas, la recherche d’un nouvel emploi, souvent longue et infructueuse malgré de bonnes compétences personnelles, peut engendrer une lourde frustration.

Non, la tâche ne sera pas facile. Oui, les tabous sont tenaces et les facteurs socioculturels ralentissent le changement de mentalité. Mais la prise de conscience des mondes politique et économique est encourageante, et à n’en pas douter, la coopération de tous les acteurs, une fois directement confrontés aux problèmes, saura déboucher sur des solutions.

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Un tsunami aux 65 nuances de gris
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Les seniors sur le marché du travail
Interview de Jérôme Cosandey dans «Tribu», RTS La Première