Il n’y a pas qu’en Suisse que la proportion «juste» de libre-échange pour les marchandises, les services et les capitaux, ainsi que la mobilité transfrontalière des travailleurs, font débat. Les accords de libre-échange sont dans la cible de critiques émanant de mouvements politiques tentés par la renationalisation économique. Il est temps d’avoir une discussion objective sur notre relation avec l’Europe, mais aussi avec d’autres régions économiques.

En privilégiant une interprétation light de la «préférence indigène», la Commission des institutions politiques du Conseil national a choisi une version facilement applicable de l’initiative «contre l’immigration de masse». Toutefois, les observateurs économiques ne peuvent qu’espérer que le débat sur notre relation à l’UE – un sujet hautement émotionnel pour tous – devienne plus rationnel. Car il n’y a pas qu’en Suisse que la proportion «juste» de libre-échange pour les marchandises, les services et les capitaux, ainsi que la mobilité transfrontalière des travailleurs, échauffent les esprits. Partout dans le monde, les accords de libre-échange sont la cible de critiques émanant de mouvements politiques tentés par la renationalisation économique.

Tout le monde profite de la mobilité transfrontalière (Wikimedia Commons)

Tout le monde profite de la mobilité transfrontalière (Wikimedia Commons).

Les partisans d’accords tels que le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) entre les USA et l’UE sont de plus en plus sur la défensive. Des tentatives  de pression venant d’activistes environnementaux locaux, d’associations de protection des consommateurs, qui craignent pour la sécurité alimentaire de leurs pays, d’opposants à la mondialisation ou de lobbyistes du secteur agricole, mènent à l’abandon de positions libre-échangistes, assumées par le passé par les gouvernements concernés. Cet effet domino peut être observé de manière exemplaire dans le cadre du TTIP : après que la politique française, dans le contexte des prochaines élections présidentielles, ait estimé n’avoir plus grand chose à gagner d’une amélioration des relations commerciales entre l’UE et les Etats-Unis, le ministre de l’économie allemand a lui aussi rejoint le rang des détracteurs du TTIP peu après. Il s’était pourtant engagé auparavant pendant plusieurs mois pour que l’industrie automobile allemande puisse bénéficier de meilleures conditions-cadres. Récemment le gouvernement autrichien a rejeté le TTIP dans sa forme actuelle.

Le fait que cet accord pourrait créer 400 000 nouveaux emplois en Europe et près d’un million aux Etats-Unis est totalement écarté du débat. Les réactions du monde politique paraissent d’autant plus étranges si l’on considère ces chiffres et leur impact sur le chômage. En France on dénombre 3,5 millions de chômeurs ; en Autriche ils sont  330 000. Aux Etats-Unis, il y avait un peu moins de huit millions de personnes sans emploi en août dernier. En Suisse, les avantages d’une ouverture plus grande des relations commerciales ne sont pas reconnus – et parfois même niés !  Les Bilatérales I en sont le meilleur exemple, alors qu’elles concernent sept domaines, comme par exemple la suppression des barrières techniques au commerce ou l’accord relatif aux services aériens.

C’est la libre circulation des personnes, qui fait partie intégrante des accords bilatéraux, qui préoccupe majoritairement l’opinion publique. Il a été exposé à maintes reprises que l’abandon des Bilatérales résulterait en une perte cumulée de 460 millions de francs sur 20 ans pour le PIB. Ce montant peut paraître abstrait, voilà pourquoi il faut s’adapter pour rendre ces ordres de grandeurs plus tangibles. C’est à cette tâche que cet article s’attelle : depuis l’entrée en vigueur des accords bilatéraux, et par conséquent de la libre circulation des personnes entre la Suisse et ses voisins européens, le revenu par habitant a augmenté de 0,5 à 1% en moyenne par année. Le PIB par habitant s’élevait à 64 000 francs  en 2002. En choisissant l’estimation la plus basse, soit une élévation du PIB de 0,5% par an, la hausse cumulée du revenu de chaque habitant a été supérieure à 50 000 francs, depuis l’entrée en vigueur des Bilatérales. Monsieur et Madame tout-le-monde ont donc obtenu un revenu supplémentaire équivalent  pratiquement aux 4/5 du revenu annuel d’un ménage de classe moyenne. Cela correspondra à un revenu complet jusqu’en 2019. Autrement dit, tous les 17 ans les Bilatérales font gagner un revenu annuel de plus aux travailleurs suisses.

Dans toutes ces discussions sur les initiatives et référendums relatives à la libre circulation des personnes, nous devrions nous soucier un peu plus de ce que cela représente pour le porte-monnaie. Cela ferait avancer le débat sur la nature de notre future relation avec l’Europe, mais aussi avec d’autres régions géographiques.

La version originale de cet article en allemand est parue le 13.09.2016 dans la Luzerner Zeitung.