Les répercussions globales et nationales de la nouvelle politique américaine sont une source d’incertitude dans le monde entier. Les médias spéculent sur des bouleversements de l’activité économique mondiale. Une chose est claire : face au protectionnisme du président Trump ce sont les consommateurs américains qui passeront à la caisse. Il est d’autant plus important pour la Suisse de continuer à s’engager pour un accès sans entrave au marché.

Le nouveau président américain est quotidiennement au cœur de l’actualité en raison de ses décrets présidentiels. Il a commencé par ordonner le retrait des Etats-Unis du partenariat transpacifique (TPP), puis il a lancé un décret afin de construire un mur le long de la frontière avec le Mexique (même si la question du financement de ce projet est loin d’être clarifiée). Il a également émis une interdiction d’entrée sur le territoire américain aux ressortissants de sept pays musulmans. Les répercussions globales et internationales de cette politique sont incertaines. Les média spéculent sur des bouleversements durables de l’activité économique internationale.

Le commerce de biens et de service représentait 82% du PIB suisse en 2015. Port du Rhin à Bâle. (Wikimedia Commons)

Le commerce de biens et de service représentait 82% du PIB suisse en 2015. Port du Rhin à Bâle. (Wikimedia Commons)

Suite à la menace d’introduire des sanctions douanières drastiques sur les voitures allemandes exportées vers les Etats-Unis formulée par le président Trump, un magazine allemand de référence publiait des recommandations pour une guerre commerciale. Cela avait pour but de rappeler à la nouvelle administration américaine que l’Allemagne, en tant que principale nation économique du continent européen, importe annuellement pour 50 milliards de dollars de biens américains.

De nombreuses personnes considèrent que le modèle de la «société ouverte», qui remonte au philosophe autrichien Karl Popper et est fortement lié à notre ordre démocratique, est en danger. Il devient de plus en plus clair qu’une nouvelle orientation du commerce extérieur et de la politique déboucherait sur une plus forte imprévisibilité. Aux Etats-Unis, le système des «checks and balances» entre le gouvernement, le Congrès et le pouvoir judiciaire sera soumis à un test de résistance, si le gouvernement continue à faire usage d’ordres exécutifs pour imposer des changements de direction fondamentaux.

Sommes-nous sur le point d’entamer une nouvelle ère ? Une chose est claire : si le président Trump devait s’engager dans une ère protectionniste c’est tout d’abord les consommateurs américains qui passeraient à la caisse. Les trumponomics – autrement dit l’ensemble de la politique économique de Donald Trump – s’appuient sur le mercantilisme français du 18ème siècle : un interventionnisme accru et une orientation unilatérale sur la production nationale. Dans cette optique, les exportations doivent être favorisées et les importations limitées par des barrières protectionnistes.

Mais, en considérant que les déficits commerciaux n’ont pas d’impact positif sur le marché du travail national, le président Trump oublie que l’ouverture des marchés aux importations a aussi permis d’augmenter significativement le volume des exportations ces dernières décennies. Rien qu’en 2015, les Etats-Unis ont exportés des biens pour une valeur supérieure à 1500 milliards de dollars. Cela garantit des millions de places de travail aux Etats-Unis. Suite au retrait du TPP, qui aurait réuni près de 40% de la puissance économique mondiale, le consommateur américain devra renoncer à une hausse annuelle de 0,5% de son revenu, d’après le think tank américain Peterson Institute.

Les taxes douanières qui pourraient être instaurées sur les importations mexicaines ne se répercuteraient pas uniquement sur les consommateurs américains, mais aussi sur les producteurs et exportateurs. Car les importations mexicaines sont en grande partie aussi utilisées pour produire d’autres biens par les entreprises américaines. Le nouveau président de la plus grande économie du monde risquerait bien de mettre fin à la stratégie d’ouverture économique poursuivie depuis des décennies.

Une grande question persiste : quel comportement les électeurs adopteront dans quatre ans, alors que l’augmentation de prospérité promise n’aura toujours pas eu lieu ? Si les Etats-Unis tournent le dos aux chaînes de création de valeur globales, il est certain que d’autres nations s’empresseront de combler le vide – en particulier la Chine. La Suisse à tout à gagner d’un accès sans entrave aux marchés et doit œuvrer en ce sens. En 2015, une part impressionnante atteignant 82% du produit intérieur brut helvétique provenait du commerce international de biens et services. Plus de la moitié de notre revenu est gagné à l’étranger. Cependant, si les Etats-Unis se retirent derrière leurs propres murs, les rapports de forces économiques et géopolitiques pourraient se déplacer en faveur d’Etats autocratiques. Voilà pourquoi il est important de rappeler que nos valeurs démocratiques occidentales, et notamment le modèle de société de Karl Popper, ne sont pas acquis – les préserver requiert un engagement constant.

La version allemande de cet article est parue dans les éditions print du «St. Galler Tagblatt» et de la «Luzerner Zeitung».