Des mesures économiques inefficaces peuvent être dangereuses

Chercher des solutions de manière intègre, au lieu de prôner des mesures populistes

Récemment, de nombreux politiciens avec des propositions simplistes, visant à combattre toutes sortes de maux, ont connu un large succès au niveau mondial. Ce succès est basé sur deux stratégies politiques centrales : premièrement, la promotion de solutions qui ne prônent pas la rigueur, mais sont toutefois inefficaces. Deuxièmement, la prétention de représenter uniquement «le peuple». Ces stratégies sont un danger pour la démocratie et l’Etat de droit. S’y opposer consiste à rechercher des solutions, basées sur des connaissances, afin de créer des opportunités et donner aux citoyens la liberté de pouvoir en profiter.

«Tout problème compliqué a une réponse qui est claire, simple et fausse.» (Henry Louis Mencken)

Le 20 janvier dernier, Donald Trump est devenu le nouveau président des Etats-Unis. Le pays a ainsi aujourd’hui à sa tête une personne qui défend des solutions simples et provocatrices : au sud, il faut construire un mur pour lutter contre le chômage ; afin de créer des emplois aux Etats-Unis, il faut dénoncer des accords de libre-échange et introduire des droits de douane, ainsi que d’autres mécanismes de protection. Dès son élection, Trump a utilisé  des techniques d’intimidation à l’égard d’entreprises américaines pour garantir des places de travail dans le pays. Il n’hésite pas non plus à pester contre des producteurs étrangers, que ce soit des fabricants de voitures ou de produits pharmaceutiques par exemple.

Il existe sans aucun doute un malaise croissant par rapport au monde actuel, en changement perpétuel et de plus en plus rapide. Cette crainte a pour toile de fond la peur d’être exclu et de se faire exploiter. Il est essentiel de prendre aux sérieux ces craintes. Les solutions populistes ne les prennent pas en compte, et ne rempliront en fin de compte par les attentes des citoyens.

Deux stratégies politiques de base…

L’intronisation du président Trump est l’apothéose de deux stratégies politiques fondamentales, qui sont utilisées avec de moins en moins de retenue :

  1. Prôner des solutions, qui ne préconisent généralement pas la rigueur, mais ne génèrent aucune prospérité pour qui que ce soit, contre tous les maux possibles et imaginables sans stratégie cohérente.
  2. Prétendre représenter exclusivement «le peuple», c’est-à-dire définir les personnes qui font partie du peuple et exclure tous ceux qui n’entrent pas dans cette catégorie.
Alligator mississippiensis

L’alligator du Mississippi paraît particulièrement belliqueux, mais il est sans effet en homéopathie. La preuve que la force n’est pas toujours le meilleur remède. (Wikipedia Commons)

Concernant le premier point, alors que des préjugés à l’encontre des minorités – généralement contre les étrangers – sont créés, des barrières contre le commerce et les investissements étrangers sont prônées. Ces éléments n’ont jamais contribué à garantir à long terme, voire même créer, des places de travail. Au contraire : le commerce a énormément accru la prospérité dans le monde entier ; et en Suisse, c’est notamment la libre circulation des personnes qui a augmenté la richesse de manière tangible (voir «Pour une Suisse ouverte aux échanges commerciaux», Avenir Suisse).

Quant au deuxième point : le nouveau président des Etats-Unis rallie un peu moins de la moitié de l’électorat américain derrière lui. Dans les pays européens, et en particulier en Suisse, les partis au pouvoir sont généralement minoritaires, ils doivent collaborer avec d’autres partis pour trouver des solutions. Aux Etats-Unis, l’on préconise pourtant des solutions comme étant prétendument les seules réellement bonnes pour «le peuple» et l’on essaie de s’accaparer la «volonté populaire».

… avec des effets imprévisibles

Les gouvernements qui s’appuient sur de telles solutions peuvent faire courir des risques économiques importants, ayant de potentiels effets indésirables sur la démocratie et l’Etat de droit. Que se passera-t-il quand les résultats promis ne se produiront pas (comme prévu)? Le processus de formation des opinions risque-t-il d’être affecté (voir Andrea Kendall-Taylor et Erica Frantz: «How Democracies Fall Apart», in Foreign Affairs, December 5, 2016) ? Ou est-ce que la confiance envers le politique pourrait être tellement écornée, que le peuple décide de miser sur des mouvements critiques des droits démocratiques fondamentaux à l’avenir ?

La Suisse a, tout comme les Etats-Unis, un système de «checks and balances» sophistiqué, qui a été créé pour protéger la démocratie et l’Etat de droit. L’implication directe des citoyens dans les activités politiques, à travers le système de milice, lui sert de protection supplémentaire : lorsque l’on doit développer soi-même des propositions politiques pérennes, on est moins réceptif à des solutions extrêmes. Mais, la démocratie et l’Etat de droit ne sont pas acquis. Il faut en prendre soin. Classer grossièrement les citoyens dans les catégories «peuple» ou «establishment politique», au lieu d’argumenter de manière sérieuse avec des faits, n’y contribuera certainement pas.

Il est tout aussi dénué de sens de répéter des arguments empruntés à d’autres en les justifiant tout simplement par «les experts soutiennent que…», tout en taisant le nom de ces experts et comment ils en sont venus à ces conclusions. Personne ne peut revendiquer la vérité, uniquement en se basant sur sa position et son pouvoir. Cela vaut tout autant pour des représentants du peuple auto-proclamés, que pour des parlementaires et ministres élus.

Des solutions honnêtes pour gagner la confiance

La seule stratégie efficace est de rechercher des solutions qui fonctionnent et de démontrer comment elles fonctionnent. Ces solutions doivent créer des opportunités au sein de la société et préserver la liberté des citoyens, afin que ceux-ci puissent les utiliser. Cela demande beaucoup d’effort, et peut même être difficile, mais cela crée bien plus de confiance sur le long terme que des mesures soi-disant «proches du peuple» qui peuvent sembler séduisantes mais ne fonctionnent pas.

Mots-clés: classe moyenne, démocratie directe, libéralisme, mondialisation
En tant que vice-directeur le Dr. Jakob Schaad est responsable de l’«Analyse politique stratégique» et de l’«Infrastructure et des marchés compétitifs». Par le passé, il a notamment été vice-président du comité exécutif de l’Association suisse des banquiers, conseiller en politique économique de la Conseillère fédérale Doris Leuthard et membre de la direction de la Banque nationale suisse.
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