Nous célébrons ce mois-ci la Journée de la démocratie. Chaque année, le 15 septembre, des manifestations sont organisées dans le monde entier pour célébrer «un mauvais système, mais le moins mauvais de tous», selon Winston Churchill. En Suisse, nous sommes particulièrement fiers de nos droits populaires, et à juste titre.

La démocratie directe permet d’aborder des sujets délicats qui sont importants pour la population, ce qui permet de discipliner la politique. Les votations régulières favorisent par ailleurs le débat public, ce qui renforce la réflexion autour des questions politiques. De plus, les votations conduisent à une plus large acceptation des décisions fondamentales, ce qui contribue à lutter contre le désintérêt pour la politique.

Mais même une institution aussi efficace que la démocratie directe doit évoluer. L’environnement change et les institutions doivent s’adapter en conséquence. Ainsi, l’évolution démographique ne rajeunit pas le souverain : l’âge médian des votants effectifs est désormais d’environ 60 ans. Les réformes de la prévoyance vieillesse et les préoccupations des jeunes générations ont donc du mal à s’imposer dans les urnes.

L’impact de la croissance démographique

Parallèlement, la croissance démographique a entraîné une augmentation constante du nombre d’électeurs. Le nombre de signatures nécessaires pour lancer une initiative populaire est toutefois resté inchangé à 100 000. Il est donc aujourd’hui beaucoup plus facile de réunir les signatures nécessaires.

Alors qu’à l’introduction de l’initiative populaire en 1891, il fallait encore près de 8 % des électeurs, ce chiffre est aujourd’hui inférieur à 1,8 %. Elles sont donc de plus en plus utilisées comme moteur de campagne pour les élections et les questions politiques importantes, et de plus en plus d’initiatives sont soumises au vote. Dans les années 1970, il y avait en moyenne moins d’une initiative populaire par an, contre plus de quatre au cours de la dernière décennie. Mais la quantité ne fait pas la qualité. Plus le nombre d’initiatives soumises au vote est élevé, plus les débats sur les projets sont superficiels, car l’attention est une ressource rare.

La numérisation laisse des traces

Les progrès technologiques modifient également l’utilisation des droits populaires. La jeune génération a ici un avantage : d’une part, elle sait mieux exploiter les possibilités numériques pour se mobiliser, ce qui devrait quelque peu affaiblir le pouvoir des électeurs médians, plutôt âgés. D’autre part, la numérisation et la transformation des médias ont facilité la prolifération de revendications politiques. Cela devrait renforcer la tendance à la multiplication des initiatives populaires.

Ce défi va encore s’accentuer : actuellement, à Berne, on discute de la récolte électronique de signatures. Cela aurait des avantages. Si le système est bien mis en œuvre, la falsification des signatures sera plus difficile. En outre, la récolte électronique de signatures devrait élargir la participation à la démocratie directe. Mais il y a aussi des points critiques.

La récolte de signatures devient beaucoup plus facile en ligne. Si les conditions-cadres ne sont pas modifiées, nous risquons d’être submergés d’initiatives. Il n’y a pas d’autre solution que d’augmenter le nombre de signatures requis. Ce seuil devrait désormais être fixé en pourcentage des électeurs inscrits, car si l’on conserve un nombre absolu, il serait de plus en plus facile de franchir le seuil des signatures à mesure que la population augmente, ce qui n’a aucun sens.

Extension de la démocratie directe

Cette adaptation aurait dû être faite depuis longtemps, mais avec la récolte électronique de signatures, elle devient désormais inévitable. Dans l’idéal, l’augmentation du seuil de signatures requises pour les droits populaires existants devrait être associée à une extension de la démocratie directe. Il faudrait ainsi introduire au niveau fédéral l’instrument de l’initiative législative et du référendum financier. Ces deux droits populaires ont fait leurs preuves au niveau cantonal depuis des décennies.

Une telle modernisation des droits populaires permettrait à l’avenir de privilégier la qualité plutôt que la quantité lors des modifications constitutionnelles, tout en affinant les droits de participation du peuple. Cette démarche n’est en aucun cas sans précédent. La Suisse n’a cessé d’étendre et d’adapter ses droits populaires : le référendum législatif a été introduit en 1874, l’initiative populaire en 1891 et le droit de vote des femmes en 1971.

Il est essentiel de prendre soin de la démocratie directe. Dans un nouveau sondage, 71 % des personnes interrogées ont déclaré que celle-ci favorisait particulièrement la cohésion en Suisse. Chaque génération a pour mission et pour chance de faire évoluer les droits populaires. Ainsi, le 15 septembre, nous ne devrions pas nous contenter de célébrer notre démocratie directe, mais profiter de l’occasion pour la mettre à jour.

Cet article est paru dans la «NZZ am Sonntag» du 7 septembre 2025.