Les bouleversements politiques à l’étranger le montrent régulièrement : en Suisse, les choses se passent généralement de manière plus calme. Cette stabilité, nous la devons notamment à nos institutions politiques. Outre la démocratie directe et le fédéralisme, le système électoral joue également un rôle important, souvent sous-estimé.

Mobiliser au-delà de sa propre base électorale

Les élections majoritaires «à la suisse» sont un atout. Il s’agit d’élections majoritaires : est élu celui qui obtient le plus de voix, indépendamment de l’appartenance à un parti. Contrairement à la pratique internationale, plusieurs sièges sont attribués en même temps, par exemple cinq à sept dans les gouvernements cantonaux ou deux au Conseil d’Etat.

Les électeurs ne doivent donc pas choisir un camp comme aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne, mais peuvent répartir leurs voix entre les candidats de différents partis. Ainsi, le succès revient à ceux qui peuvent s’adresser à un large éventail d’électeurs. Le meilleur moyen d’y parvenir est d’adopter des positions modérées, et de créer ainsi la base d’une collaboration constructive et d’une politique équilibrée.

Voilà pour la théorie. Mais la pratique montre une autre image : l’appartenance à un parti joue également un rôle dominant dans de nombreuses élections cantonales.

Les listes de partis pré-imprimées

Dans plusieurs cantons, notamment en Suisse romande, des listes de parti pré-imprimées sont disponibles à côté du bulletin de vote vide. De nombreux électeurs déposent une telle liste pré-imprimée sans la modifier. Rien d’étonnant : c’est l’option la plus simple et les partis mènent souvent leurs campagnes précisément en en tenant compte. De cette manière, certains candidats obtiennent plus de voix sur les listes non modifiées que sur les bulletins de vote remplis manuellement. C’est ce qui a été constaté lors des dernières élections générales du Conseil d’Etat fribourgeois en 2021.

Cela sape toutefois le véritable sens des élections au scrutin majoritaire : si l’attention se porte sur le parti ou la liste plutôt que sur la personne, les politiciens sont moins incités à s’adresser à une large majorité. Il est alors moins nécessaire de faire ses preuves en tant que personnalité, puisqu’ils peuvent davantage compter sur la «bonne» alliance de partis.

Mettre les personnes au centre

Certains cantons ont réformé leurs élections au scrutin majoritaire au cours des dernières années. A Fribourg, par exemple, il n’y aura plus qu’un seul bulletin de vote à cocher à partir des prochaines élections. Les candidats continuent toutefois d’y figurer par parti, et les alliances de partis y sont également mentionnées. L’objectif de la réforme n’était pas de mettre l’accent sur les personnalités, mais de réduire le nombre de votes nuls lors des élections au gouvernement, souvent élevé parce que certains électeurs déposaient plusieurs bulletins dans l’urne.

Dans le canton de Schwyz, en revanche, l’objectif était de mettre davantage l’accent sur la sélection des personnes. En 2023, la population y a approuvé une réforme à près de 70 % : dorénavant, les électeurs reçoivent un bulletin de vote à cocher, qui présente d’abord les candidats déjà en fonction, puis les nouveaux candidats, chacun dans un ordre tiré au sort. L’appartenance à un parti ne doit plus constituer le critère dominant.

Mais ce système pourrait lui aussi être amélioré. L’idéal serait un bulletin de vote vierge sur lequel les noms seraient inscrits à la main. En outre, l’ordre sur la feuille annexe devrait être neutre, par exemple par ordre alphabétique ou par tirage au sort au lieu de privilégier les candidats déjà en fonction. Ainsi, les électeurs se pencheraient plus consciemment sur les différentes personnes et les conditions d’une politique plus consensuelle et moins polarisante seraient améliorées.

Cet article a été publié en allemand dans la revue Schweizer Monat le 17 novembre 2025.