La protection est une arme à double tranchant. Assurer la sécurité des infrastructures critiques constitue une mission fondamentale de l’Etat. Mais la frontière avec le protectionnisme est vite franchie s’il s’agit de soutenir un secteur d’activité. Le directeur de Proton, la messagerie suisse, a récemment demandé à la Confédération de privilégier les prestataires nationaux de technologies numériques. Selon lui, cela permettrait de renforcer la souveraineté. On peut toutefois douter que ce type de protection nationale renforce la sécurité. Et ce, pour trois raisons.

Premièrement, la résilience ne naît pas de l’isolement, mais de la diversification. La Suisse n’est pas solide parce qu’elle fait tout elle-même, mais parce qu’elle a des solutions alternatives pour compenser pannes, pénuries d’approvisionnement et risques politiques. Miser sur quelques fournisseurs nationaux pour des raisons politiques crée une dépendance malsaine vis-à-vis de quelques entreprises.

Deuxièmement, une telle approche affaiblit la pression en faveur de l’innovation: les entreprises ne s’améliorent pas quand on les protège de la concurrence, mais lorsqu’elles doivent doivent sans cesse s’imposer face aux meilleurs acteurs mondiaux. Les entreprises suisses ou l’administration risqueraient de devoir utiliser des solutions plus coûteuses ou techniquement moins abouties.

Troisièmement, la Suisse s’engage de longue date pour ouvrir les marchés et supprimer le protectionnisme. Désavantager les prestataires étrangers nuirait à sa réputation et pourrait entraîner des mesures de rétorsion. L’accès aux marchés étrangers serait compromis. Les pays se replient toujours plus sur eux-mêmes. Or, se réfugier dans le protectionnisme est une mauvaise réponse. L’Etat doit plutôt conclure des accords de libre-échange avec d’autres pour diversifier ses sources d’approvisionnement, ne pas restreindre trop vite les nouvelles technologies par des règles et renforcer la recherche fondamentale dans les disciplines du numérique et des sciences de la vie d’où naissent les start-up. Ouverture et innovation: voilà ce qui rend la Suisse résiliente.

Cet article a été publié le 1er septembre 2026 dans  « Horizons – le magazine suisse de la recherche scientifique ».

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