L’âge du votant médian (celui dont la moitié des autres votants est plus élevé et l’autre moitié plus bas) est de plus en plus élevé en Suisse : il sera bientôt de 60 ans et ne cesse d’augmenter. Ceci s’explique par le taux de participation plus élevé des personnes âgées (les électeurs de 80 ans et plus sont les plus assidus), le vieillissement général de la population et le fait que les étrangers établis, en moyenne plus jeunes que le reste de la population, n’ont pas le droit de vote. En conséquence, le résultat des votations est toujours plus tributaire du vote des aînés. Est-ce un problème pour la démocratie directe suisse ?

24 Heures et la Tribune de Genève ont récemment publié l’article «Faut-il neutraliser le droit de vote majoritaire des retraités ?» (20 juin 2016). Il a suscité de nombreuses réactions, souvent négatives, car il pouvait donner  l’impression – fausse – qu’Avenir Suisse propose de limiter le droit de vote des retraités. Il n’en est rien.

En réalité, Avenir Suisse publie sur internet une série appelée «CH 1995 2035». Huit grandes tendances mondiales y sont présentées, notamment le vieillissement. Dans le texte titré «Sur la voie de la gérontocratie ?»,  Avenir Suisse constate que l’âge de l’électeur suisse médian sera bientôt de 60 ans, et en constante augmentation. L’âge de l’électeur «médian» est celui pour lequel il y a exactement autant de votants d’un âge supérieur que d’un âge inférieur. Cette évolution n’est pas étonnante, en raison de nombreux facteurs : vieillissement généralisé; taux de participation aux votations plus élevé chez les personnes âgées ; pas de droit de vote pour les étrangers établis, en moyenne plus jeunes. En conséquence, la majorité décidant du sort des objets mis en votation est elle-même de plus en plus âgée.

«Il est grand temps que l’impact politique du vieillissement ne soit plus un sujet tabou» (image Fotolia)

«Il est grand temps que l’impact politique du vieillissement ne soit plus un sujet tabou» (image Fotolia)

Est-ce un problème ? Avenir Suisse pense que non, du moins en Suisse. Certes, en théorie, les «seniors» pourraient imposer leur volonté à une minorité de votants moins âgés (il semble que ce soit le cas pour le Brexit en Grande-Bretagne). Mais deux arguments au moins s’opposent à cette interprétation. Premièrement, les citoyens suisses démontrent régulièrement qu’ils ne cherchent pas systématiquement à favoriser leur propre intérêt personnel par leurs votes. Deuxièmement, les «retraités» ne sont pas une catégorie de votants homogènes, partageant des positions identiques. Cela dit, certaines réformes liées à des questions de générations pourraient souffrir de cette situation en étant rejetées ou longtemps retardées (par exemple le financement des rentes des retraités, toujours plus nombreux, par les personnes en activité, plus jeunes).

Si la «mainmise» sur les votations par des générations de votants âgés s’avérait problématique, alors une idée intéressante, mais controversée, serait l’introduction d’un droit de vote pour les enfants : les enfants auraient dès la naissance un droit de vote, que leurs parents exerceraient pour eux jusqu’à leur majorité. Une telle approche postule que les parents sont plus attentifs au futur lointain que les personnes sans enfants.

La force des réactions à l’idée de cette simple suggestion d’Avenir Suisse démontre qu’il est grand temps que l’impact politique du vieillissement ne soit plus un sujet tabou.

Cet article est paru le 29 juin 2016 dans la Tribune de Genève et le 24 heures.