Les Schwyzois ont donné leur feu vert à un impôt pour les riches. Plusieurs cantons prévoient des chiffres rouges pour 2015. La hausse des impôts à Schwyz peut-elle être un modèle à suivre?

De manière générale, on peut partir du principe que l’ère des grandes baisses d’impôts est révolue. La péréquation financière de 2008 a apporté aux cantons certaines libertés en termes d’autonomie fiscale. Depuis, ils sont entré sur un terrain d’expérimentation. Ceci est surtout vrai pour les petits cantons qui sont, à la base, relativement peu attractifs en tant que lieux d’implantation. Des cantons comme Obwald, Nidwald, Schwyz, Appenzell Rhodes-Intérieures et Appenzell Rhodes-Extérieures ont alors tenté d’attirer des entreprises par des impôts bas.

Ceci a engendré une vague de baisses d’impôts. L’expérience «race-to-the-bottom» a-t-elle échoué?

Je ne qualifierais pas cela de «race-to-the-bottom». Ce terme a une connotation négative. Lesdits cantons ont tout simplement essayé de compenser leur faible attractivité en tant que lieu d’implantation. Ce n’est pas seulement leur bon droit, c’est même souhaitable.

Y a-t-il un risque croissant que ces cantons perdent du terrain en termes économiques et que des emplois soient perdus si des entreprises décident de quitter le canton pour des raisons fiscales?

Dans l’ensemble de la Suisse, le chômage est très bas. Ces dernières années, beaucoup de nouveaux postes de travail ont seulement pu être pourvus grâce à l’immigration. D’un point de vue global, cette peur est donc sans fondement. Par contre, cela peut avoir des répercussions sur la politique régionale. Mais la stratégie de faible imposition a surtout attiré des entreprises très mobiles de par leur nature, qui n’ont pas crée beaucoup d’emplois pour les locaux et ne sont pas enracinées dans la région.

Si la concurrence fiscale a surtout attiré des entreprises qui n’ont presque pas créé d’emplois: quels sont les avantages durables de la concurrence fiscale?

La concurrence fiscale est un aspect important de la compétition intercantonale. Cette dernière pousse les cantons et les communes à vendre les produits les plus attractifs possibles, aux prix les plus bas possibles, et ceci pour le bien de tous. Mais il y a différentes stratégies. À cause de leurs avantages en tant que places économiques, Zurich et Genève disposent de produits premiums. Ces cantons doivent se vendre chers, car sinon ils afficheront sans cesse des déficits. D’autres cantons se vendent pour moins cher.

Récemment, les perspectives pour l’économie suisse se sont détériorées, nombreux sont les économistes qui ont nettement revu leurs pronostics de croissance à la baisse. Les finances cantonales pour 2015 pourraient-elles donc être encore pires que prévu jusqu’à maintenant dans de nombreux endroits?

La conjoncture a certainement une influence sur les revenus et les dépenses. Mais au niveau cantonal, la correction des décimales n’influencera pas la perspective de financement de manière significative. D’autant plus que les cantons ont tendance à fixer leur budget de manière très conservatrice.

Quelles possibilités y a-t-il pour retourner dans les chiffres noirs?

Dans les cantons de Suisse centrale qui sont déjà relativement économes, il semble évident d’augmenter les recettes, et cela, d’autant plus si la charge fiscale y est basse. Mais il faut aussi se demander si, chaque année, il faut éviter des déficits à tout prix. La Suisse se trouve dans une situation extrêmement confortable: il n’est pas nécessaire de chercher des exemples auprès de nos voisins européens. Mais en Suisse, on est scandalisé dès qu’un seul déficit est annoncé, alors que la plupart des pays européens seraient heureux d’avoir des déficits aussi bas.

Vous recommandez donc d’agir avec une main sûre?

On ne devrait pas se laisser aller à un alarmisme exagéré dès que la couverture des fonds propres commence à diminuer.

Cet article est paru dans «Handelszeitung» du 2 octobre 2014. 
Avec l’aimable autorisation de la Handelszeitung.