Sur le plan mondial, les chercheurs suisses reçoivent le plus de fonds pour la recherche, encore devant les américains et les suédois. Le rendement vaut cet investissement.

L’un des indicateurs les plus importants pour la compétitivité future d’un pays est le nombre de brevets déposés. Ces chiffres donnent peu d’espoir aux États embourbés dans la crise. Et ils soulignent une fois de plus la position exceptionnelle de la Suisse. Si l’on regarde le nombre en chiffres absolus de brevets déposés auprès de l’Office européen des brevets (OEB) en 2010, la plupart des pays en crise sont loin derrière. Alors que l’Autriche se place à la quinzième place avec 1730 brevets, l’Espagne, pourtant cinq fois plus grande, en a déposé seulement 1436. Seule l’Italie fait partie des «grands» pour les brevets. Elle est toutefois largement battue par l’Allemagne, qui a présenté presque sept fois plus de demandes.

Avec 6742 demandes de brevet, la Suisse se trouve en cinquième position. La «performance» suisse est encore plus impressionnante si l’on compare le nombre de dépôts par habitant. Avec ce critère, la Suisse affiche des chiffres douze fois plus élevés que l’Italie et près de dix fois plus élevés que la Grande-Bretagne.

Pourquoi les Suisses sont-ils si bons? La position particulière de la Suisse ne s’explique ni par son petit territoire, ni par des caractéristiques propres à ses branches d’activité, ni même par le fait que les holdings concentrent souvent les demandes de brevets et de licences. Parmi les dix plus grands demandeurs suisses de brevets, on ne compte qu’une seule entreprise qu’on peut considérer comme une holding; les autres sont des noms traditionnels de l’économie suisse.

La situation exceptionnelle de la Suisse est encore plus extraordinaire si on compare le nombre de brevets avec les dépenses de l’État pour la recherche et le développement au sens strict. Les quatre pays en tête du classement des brevets dépensent tous au moins quinze fois plus que la Suisse (en part du PIB). En chiffres absolus par habitant (à pouvoir d’achat égal), c’est au moins dix fois plus. On se demande comment cela est possible.

La clé de l’énigme réside dans deux phénomènes. D’une part, les dépenses étatiques pour la recherche en Suisse, si l’on inclut celles consenties pour les hautes écoles, se situent autour de 350 dollars par habitant; seules celles des États- Unis sont plus importantes (450 dollars). D’autre part, le secteur privé suisse est celui qui dépense le plus pour la recherche par habitant, juste devant la Suède et les États-Unis. Même ainsi, il est impressionnant que la Suisse «sorte» plus de six fois plus de brevets que les États-Unis, pour pratiquement le même investissement.

Cet article a été publié dans «avenir actuel» 01/2013.