Combien de candidats se sont présentés dans votre commune pour un siège au conseil communal ? Les élections communales du 8 mars ont été marquées par de fortes disparités. Alors qu’à Schmitten, 33 personnes se sont présentées pour 9 sièges, ailleurs, il y avait autant de candidats que de mandats à pourvoir. De telles différences s’expliquent en partie par des difficultés de recrutement. Dans les petites communes, il n’y a tout simplement pas toujours assez de citoyens engagés en politique. Mais le système électoral influence aussi fortement le nombre de candidats, et le canton de Fribourg se distingue à cet égard.
Les communes fribourgeoises font cavalier seul
En Suisse, on vote en principe selon deux systèmes électoraux : le scrutin majoritaire ou proportionnel. Dans le système proportionnel, les sièges sont répartis en fonction du nombre de voix obtenues par les partis. Ce système est utilisé pour les parlements, par exemple pour le Conseil national, le Grand Conseil ou le Conseil général. Dans le système majoritaire, les candidats se présentent à titre individuel : est élu celui qui obtient le plus de voix. Cette procédure est traditionnellement utilisée pour le Conseil des Etats ainsi que pour les exécutifs cantonaux et communaux, c’est-à-dire les conseils d’Etat et les conseils communaux.
Ainsi, dans toute la Suisse, environ trois quarts des communes élisent leurs conseillers communaux selon le scrutin majoritaire. Dans le canton de Fribourg, la situation est différente : de nombreuses communes élisent leurs conseils communaux selon le système proportionnel. Dans les communes de plus de 600 habitants, cette procédure peut être introduite sur demande de 20 personnes. Lors des dernières élections, 9 des 15 communes du district de la Singine y ont eu recours.
Dans le système proportionnel, mieux vaut présenter des listes complètes
Lors des élections communales, le système proportionnel modifie fondamentalement les incitations pour les partis. La clé réside dans le nombre de voix de liste : ce sont elles qui déterminent la répartition des sièges. Les voix de liste sont obtenues de deux manières : chaque voix pour un candidat compte automatiquement comme une voix pour sa liste. De plus, si l’on retourne un bulletin de vote portant une liste sans remplir toutes les cases, on offre au parti en question une voix à la liste pour chacune des lignes vides.
Les partis ont donc intérêt à remplir leurs listes au maximum. Plus il y a de candidats sur une liste, moins il y a de lignes vides, et donc moins il y a de chances que les électeurs remplissent les champs libres avec des noms d’autres partis. Un nombre élevé de candidats n’est donc pas un hasard, mais une conséquence directe du système proportionnel.
Au conseil communal, les personnes devraient primer sur les listes
Dans le système proportionnel, les partis ne présentent pas seulement les candidats les plus compétents et les plus motivés, mais aussi des «remplisseurs de listes». En cas de démission en cours de législature, ces personnes peuvent alors accéder au mandat, indépendamment du soutien personnel qu’elles ont reçu de la population.
Les élections communales deviennent ainsi des élections de parti et non de personnalité. Cela pose problème, surtout dans les communes dotées d’un conseil général. Le parlement y reflète déjà la diversité des partis politiques. L’exécutif devrait donc moins refléter l’arithmétique des partis, mais surtout la compétence et le large soutien de la population. Pour les élections communales, de nombreux arguments plaident donc en faveur du système majoritaire. Il permet aux électeurs de soutenir directement les candidats qu’ils estiment les plus compétents, sans pour autant renforcer un parti par des voix de liste. Les conseillers communaux doivent bénéficier d’un large soutien et assumer des responsabilités personnelles, plutôt qu’agir avant tout comme des représentants de partis. Il est donc logique que les communes fribourgeoises s’orientent davantage vers le principe largement répandu en Suisse : le scrutin proportionnel pour les parlements, afin de refléter la diversité politique, et le scrutin majoritaire pour les exécutifs, afin d’élire des personnes bénéficiant d’un large soutien. Car aux élections communales aussi, la qualité devrait primer sur la quantité.
Cet article a été publié (en allemand) dans les Freiburger Nachrichten le 10 mars 2026.
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