Les femmes ont le vent en poupe sur le marché du travail et tout indique que cette dynamique ne fait que commencer. L’intégration renforcée des femmes sur le marché du travail n’est pas seulement réjouissante du point de vue de l’égalité, mais aussi urgemment nécessaire au vu de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et du vieillissement de la population. Mais pour mieux utiliser le capital humain féminin, il faut des incitations fiscales, des places de travail flexibles ainsi que le développement des places d’accueil extrascolaire.

La forte imposition sur le deuxième revenu retient de nombreuses femmes de s’engager davantage dans la vie active. (Fotolia)

La forte imposition sur le deuxième revenu retient de nombreuses femmes de s’engager davantage dans la vie active. (Fotolia)

Malgré la  participation croissante des femmes, le volume global du travail n’augmente quasiment pas, si l’on fait abstraction de l’immigration. Cela s’explique par la part élevée et croissante de travail à temps partiel chez les femmes suisses. Vraisemblablement, presque toutes les femmes ayant des enfants en âge d’être gardés exerceront bientôt une activité lucrative, mais à temps partiel seulement. Un emploi à temps partiel fait sens économiquement parce qu’il permet de conserver ses compétences. Néanmoins, les taux d’activité réduits sont la principale raison pour laquelle les femmes sont en retard du point de vue salarial malgré un rattrapage (cf. notre publication «Parité salariale»). Cela explique aussi pourquoi les femmes sont rares aux fonctions dirigeantes. Les femmes font toujours figure d’exception dans le management et dans les conseils d’administration suisses.

Incitations au travail et prix de la flexibilité

Une stratégie cohérente pour continuer à renforcer la position des femmes sur le marché du travail doit reposer sur trois piliers :

  • Il faut commencer par des incitations au travail. En raison de la progression des revenus, de lourdes charges pèsent (implicitement) sur le deuxième revenu, surtout dans la classe moyenne. Sur un franc supplémentaire gagné, il n’est pas rare que 60 à 90 centimes soient perdus, la charge maximale dépassant parfois même les 100%. Dans l’ensemble pour les femmes, l’augmentation du taux d’activité ou une carrière vaut souvent peu la peine. La charge pesant sur le deuxième revenu retient de nombreuses femmes de travailler davantage ou de faire leur propre carrière. Du point de vue du marché du travail, l’imposition individuelle devrait être introduite, car l’imposition commune actuelle des couples est un des motifs centraux de la forte progression sur le deuxième revenu. D’autres prix et tarifs déterminés par le revenu doivent être réduits, à commencer par l’accueil extrafamilial des enfants. D’autres réductions dépendantes du revenu, comme la réduction des primes d’assurance-maladie ou les logements subventionnés, apparaissent peu utiles à cet égard, aussi désirables soient-elles du point de vue de la politique sociale.
  • La flexibilité réduite des mères sur le marché du travail représente un obstacle majeur pour leur avancement dans la vie professionnelle. C’est aussi un motif central pour les différences salariales prétendument inexpliquées, dénoncées comme discriminantes. Mais ce n’est pas le marché du travail qui discrimine les femmes. La discrimination est bien davantage la conséquence de la répartition du travail à l’intérieur de la famille. D’un point de vue économique, les hommes obtiennent une prime salariale dans de nombreuses professions qualifiées, parce qu’ils sont davantage flexibles que les femmes. Il s’agit donc d’abaisser ce «prix de la flexibilité» qui profite surtout aux hommes. Il faut utiliser au mieux les opportunités pour de nouvelles formes de travail nées de la digitalisation.
  • Troisièmement, l’accueil extrafamilial des enfants est un élément central. Des progrès significatifs ont eu lieu ces dix dernières années dans ce domaine. En plus des offres institutionnelles, le secteur informel (voisins, amis, baby-sitters, grands-parents) reste très important. En plus de la flexibilité accrue, les coûts jouent un rôle, la prise en charge institutionnelle étant très chère en Suisse. Continuer à la développer sans prendre en compte les coûts serait contre-productif. Les structures d’accueil extrascolaire d’enfants en âge d’aller à l’école doivent faire l’objet d’une attention particulière, car la conciliation des vies professionnelle et familiale devient plus difficile dès que les enfants vont à l’école.

Accueil extrafamilial des enfants : moins de régulation, davantage de concurrence

Pour l’accueil extrafamilial des enfants, des normes exigeantes sont souhaitables. En même temps, le secteur de la prise en charge institutionnelle affiche une tendance à la surrèglementation, par exemple concernant les prescriptions en matière de construction, les taux d’encadrement, la grandeur et la structure des groupes ainsi que la reconnaissance des formations. Au final, tout cela augmente les coûts. Une propension étatique au paternalisme fixe des standards minimaux élevés, ce qui engendre un appel à davantage de subventions étatiques. Ceux qui gagnent le plus doivent participer pleinement aux coûts, alors que les bas revenus profitent d’aides. Les prix variables en fonction du revenu peuvent s’expliquer du point de vue de la politique sociale, mais représentent clairement un désavantage en termes d’incitation au travail, principalement pour les femmes bien formées. Une alternative à examiner serait le passage du financement du fournisseur actuellement majoritaire (financement de l’objet) au financement de la demande (financement à la personne). Les villes de Lucerne et Berne ainsi que 14 communes rurales lucernoises pratiquent déjà des variantes de ce modèle.

Une meilleure intégration professionnelle des femmes est urgemment nécessaire vu la pénurie chronique de main-d’œuvre qualifiée en Suisse, encore renforcée par le vieillissement de la population. D’un point de vue économique, ce serait un gâchis de n’utiliser le capital humain des femmes que de façon marginale.