Dans la société digitale de la connaissance, l’administration en ligne (e-gouvernement ou cybergouvernement) fait partie de l’infrastructure essentielle contribuant à la prospérité d’un pays. Avec la complexité croissante d’une économie basée sur la division du travail, le traitement efficace des formalités administratives constitue un avantage concurrentiel. Plus les tâches administratives peuvent être exécutées facilement, plus il reste de ressources pour les activités productives. L’objectif de l’administration doit donc être de réduire les coûts de transaction des acteurs qui contribuent à l’économie. La digitalisation fournit les outils de base pour accroître l’efficacité et réorganiser les processus administratifs.

Selon le «Ease of Doing Business Index» de la Banque mondiale, qui compare les obstacles aux activités commerciales au sein des pays, la Suisse ne se positionne pas aux avant-postes malgré une grande force d’innovation et une bonne performance économique. Des études comparatives internationales sur le e-gouvernement confirme cette image : la Suisse possède un potentiel de rattrapage important dans le domaine de la numérisation des services administratifs.

Les conditions préalables à l’instauration de l’e-gouvernement sont déjà présentes. L’infrastructure est excellente, et la confiance des citoyens dans les institutions suisses et leur satisfaction à l’égard des services administratifs fournis sont élevées. Mais c’est précisément pour cette raison que la politique et l’administration ne ressentent pas de nécessité d’agir.

La structure fédérale de l’Etat peut parfois rendre l’introduction verticale de services numériques à l’échelle nationale difficile. Le principe de subsidiarité favorise la création de solutions de gestion individuelles, ce qui va fondamentalement à l’encontre des avantages d’économies d’échelle (grâce aux faibles coûts marginaux) des services numériques. Chaque collectivité régionale fait avancer ses propres projets d’e-gouvernement – ou ne le fait justement pas en raison de coûts fixes excessivement élevés.

Chacun son petit jardin – à l’image du e-gouvernement en Suisse : jardins communaux à Zurich (Wikimedia Commons)

Cependant, avec ses 26 laboratoires expérimentaux, le fédéralisme pourrait bien s’avérer être une structure qui favorise l’innovation. Il permet de tester différentes approches et de partager des concepts prometteurs. Il est important de pouvoir apprendre rapidement les uns des autres. La coopération entre les différents niveaux de gouvernement est particulièrement importante.

Toutefois, la coopération et l’utilisation de solutions informatiques communes ne peuvent fonctionner efficacement que si, malgré les structures fédérales, des normes et interfaces communes sont créées et respectées. Cela inclut, par exemple, l’élément de base que constitue l’identité électronique. Dans ce domaine, le consortium SwissSign doit rapidement assurer une plus grande pénétration du marché et donc davantage d’applications.