la mobilite passe avant la sante?

Les CFF créent un malaise au sein de leurs fiers usagers. Malgré l’absence d’inflation, les hausses de tarifs sont massives. En moyenne les prix des billets augmenteront de 5,6 % en décembre prochain, les abonnements généraux de 2e classe de 6,3 % et de 1ère classe de 8,4 %. Après l’émoi, arrive le temps des questions. Les hausses sont-elles justifiées? Les tarifs couvrent-ils les coûts? La réponse n’est pas aisée. Les statistiques ne respirent pas la clarté. Malgré les multiples zones d’ombre, il est évident que les transports publics ne respectent pas le principe de causalité. Les passagers ne paient jamais autant qu’ils consomment

La demi-vérité des prix

Le «compte des transports» de l’Office fédéral de la statistique (OFS) évalue à 56 % le degré de couverture du trafic voyageurs en 2005. Les coûts externes sont compris, mais ne représentent que 4 % du total. Et si l’on tient compte des contributions (TVA, impôt sur les huiles minérales) aux fonds de construction (FTP, infrastructures), à partir des indications du service d’information pour le transport public (LITRA), on découvre que les recettes des transports publics ne couvrent qu’à peine 50 % de leurs coûts. L’activité centrale, soit le trafic voyageurs et marchandises, n’arrive qu’à 37 % (la différence s’explique par les activités annexes).

Ces calculs ne révèlent qu’une partie de la vérité. Prenons une analyse plus complète des 41 sociétés de chemins de fer ayant une concession en 2010. Leurs revenus alimentés par le transport des voyageurs et des marchandises, les baux, loyers et participations, ne couvrent que 38 % de leurs coûts totaux. On parvient à ce résultat en prenant en compte les coûts d’exploitation, du capital et les coûts externes tels que les intérêts des transferts de l’État à taux nuls ou réduits ainsi que la couverture des déficits.

Peu importe la méthode: même avec la meilleure volonté, les passagers des trains et des bus ne paient jamais plus des deux tiers, et probablement moins de la moitié, des coûts qu’ils devraient financer. Les autres coûts sont payés en partie par les mêmes voyageurs, à travers l’impôt, par les contribuables qui n’ont pas vraiment besoin des transports publics, par les consommateurs peu mobiles (à travers la TVA), par les gens qui ne sont pas amateurs de transports publics mais demeurent soumis à leurs nuisances. Les hausses de tarifs ne sont donc qu’une goutte d’eau dans l’océan et, contrairement à l’avis de certaines organisations de consommateurs (SKS), elle ne sont en tout cas pas exagérées. L’absence de concurrence et le manque de proximité du client sont sources d’inefficiences sur ce marché. Mais les hausses de tarifs ne sont qu’une correction partielle de trop bas prix. Calculés correctement, ces prix devraient exploser.

Des priorités étonnantes

L’exemple des transports publics illustre le rôle central de la transparence des prix dans une économie de marché. Premièrement, les produits artificiellement bon marché induisent une consommation excessive. Ce soutien à la mobilité provoque un étalement urbain, nuit à l’environnement, incite à passer ses loisirs en déplacements et occasionne de multiples distorsions. Deuxièmement, le subventionnement de certains produits et services renchérit forcément certains autres. Les prix relatifs se modifient au gré des conditions de marché. Et les prix absolus des autres biens et services augmentent sous l’effet de nouveaux impôts. Troisièmement, les individus perdent le sens des coûts effectifs des prestations, en tant que consommateurs ou citoyens. Qui est vraiment conscient du coût des transports publics? Et que les patients contribuent en Suisse davantage au financement du système de santé que les voyageurs à celui des transports publics? Les priorités de la population suisse sont-elles ainsi respectées? Certainement pas.

Cet article a paru dans l'édition de juin d'«avenir actuel».

Pour en savoir plus sur ce thème: «Davantage de marché pour le service public».