Salaire minimum, ce que les Vaudois peuvent apprendre des Genevois

Le 14 juin, les Vaudois sont appelés aux urnes pour se prononcer sur l’introduction d’un salaire minimum cantonal à 23 francs de l’heure. L’objectif affiché, garantir la «dignité humaine», est louable. La question est de savoir si l’instrument choisi est le bon. Pour y répondre, un détour par le bout du Léman s’impose.

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En septembre 2020, le peuple genevois adoptait un salaire minimum à 23 francs de l’heure (depuis indexé à 24,59 francs). Six ans plus tard, quatre rapports d’évaluation commandés par le Département de l’économie livrent un bilan contrasté.

Le premier constat est rassurant en apparence : les salaires des emplois les moins qualifiés ont augmenté d’environ 15 % entre 2020 et 2022. Le salaire minimum n’a pas provoqué de hausse significative du chômage global. Mais dès que l’on regarde de plus près, les fissures apparaissent.

Dans le secteur du nettoyage, l’emploi a reculé de 1,4 % à Genève entre 2020 et 2022, tandis qu’il progressait de 12,6 % dans le canton de Vaud sur la même période. Parallèlement, le temps de travail moyen par poste a augmenté : les entreprises ont freiné la création d’emploi et ont fait travailler davantage les employés restants.

Dans l’hôtellerie-restauration, le salaire minimum a aussi freiné la création d’emplois occupés par des hommes et poussé les entreprises vers davantage de temps partiels. La logique est la suivante : une entreprise de nettoyage peut délocaliser ses activités dans le canton voisin contrairement à un restaurant. Ce dernier cherche donc à réduire ses coûts en recourant au temps partiel de manière à limiter les périodes creuses (hors service du midi et du soir) rémunérées au salaire minimum.

Quant aux principaux perdants du dispositifs, les rapports sont formels : ce sont les jeunes et les personnes sans formation, qui ont vu leurs chances de trouver un emploi diminuer.

C’est précisément le paradoxe de tout mécanisme de «protection» salariale : il pénalise surtout les outsiders, soit les personnes peu qualifiées en recherche d’emploi comme les jeunes en début de parcours ou les personnes en réinsertion. Précisément ceux que l’on prétend protéger.

Les effets négatifs du salaire minimum se font aussi sentir dans d’autres domaines, notamment sur les jobs d’été. Depuis 2020, les petits boulots estivaux se sont faits de plus en plus rare, les entreprises renonçant à les proposer au salaire minimum. Les Genevois en ont pris conscience et ont fait marche arrière sur ce point en acceptant une dérogation à cette politique en réduisant de 25 % le salaire minimum pour les jobs d’été des étudiants.

L’épisode genevois devrait donc faire réfléchir les Vaudois. Mais le meilleur exemple en terres romandes vient sans doute de plus loin : le 30 novembre dernier, la population fribourgeoise a tout simplement refusé l’introduction d’un salaire minimum.

Car il est bon de rappeler ce qui a fait la force du marché du travail suisse : non pas des planchers salariaux imposés par l’Etat, mais un système flexible qui protège l’individu plutôt que l’emploi, avec une assurance-chômage, un appareil de formation continue performant et un partenariat social qui négocie branche par branche.  Le meilleur facteur pour des emplois bien payés, ce ne sont pas les lois, mais bien une économie florissante.

Cet article a été publié le 8 mai 2026 dans le journal 24 Heures.

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Auteur: Diego Taboada Directeur romand et Senior Fellow
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Auteur: Maxime Stern Senior Researcher
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