Le deuxième pilier de notre système de prévoyance souffre d’un problème d’image. Alors que l’AVS bénéficie d’un large soutien dans tout l’échiquier politique, la prévoyance professionnelle est considérée par ses détracteurs comme complexe, opaque et pratiquement irréformable. Les échecs de réformes de 2010, 2017 et 2024 alimentent cette critique. La dernière réforme en date a été balayée par 67 % des votants.

Les défis sont pourtant bien réels. Si nous vivons plus longtemps, le capital épargné doit suffire à financer davantage d’années de retraite. Le taux de conversion, qui permet de transformer ce capital en rente annuelle, devrait alors lui aussi diminuer. Dans la partie obligatoire, il reste fixé à 6,8 %. Compte tenu de l’augmentation de l’espérance de vie, ce taux est trop élevé.

Un deuxième défi concerne les personnes travaillant à temps partiel : elles sont de plus en plus nombreuses, mais leur couverture est souvent insuffisante. En raison du seuil d’entrée, certaines personnes ne sont pas couvertes par le régime obligatoire de la LPP ; la déduction de coordination fixe diminue en outre le salaire assuré. Une réforme devrait donc réduire les promesses de rentes trop généreuses tout en améliorant la prévoyance des personnes disposant de revenus plus faibles. C’est précisément ce qui la rend si difficile sur le plan politique.

Les caisses ont réagi

L’échec des réformes ne signifie toutefois pas que le deuxième pilier est figé. Contrairement à l’AVS, il ne s’agit pas d’une promesse de prestations étatique et uniforme. Les caisses de pension disposent d’une marge de manœuvre, surtout dans le domaine surobligatoire, et elles s’en servent.

Neuf caisses sur dix ont flexibilisé la déduction de coordination ou l’ont supprimée complètement. Les personnes travaillant à temps partiel sont ainsi mieux assurées dans de nombreux cas. Les caisses ont également réagi en ce qui concerne les promesses de rentes : les caisses dites enveloppantes, qui couvrent aussi des prestations surobligatoires, appliquent en moyenne un taux de conversion d’environ 5,3 %.

Avec les bons rendements des placements, ces adaptations ont contribué à inverser la redistribution des actifs vers les retraités : alors qu’en 2015, 8 milliards de francs allaient encore des actifs vers les retraités, le mouvement s’est inversé en 2025, avec 2,9 milliards de francs en faveur des actifs.

Cette capacité d’autocorrection n’est pas le fruit du hasard. Parce qu’elles doivent veiller à leur équilibre financier, les caisses sont incitées à corriger les promesses de prestations irréalistes. Les employeurs améliorent en outre leurs plans de prévoyance, car de bonnes prestations sont un facteur de concurrence dans la course au personnel qualifié. Le système décentralisé a évolué plus rapidement que la politique dans de nombreux domaines.

Des réformes ponctuelles aux effets indésirables

Berne tente pourtant une nouvelle fois d’intervenir. Au lieu d’une réforme globale, la politique mise sur des mesures ponctuelles. En juin, le Conseil des Etats a ainsi adopté un postulat qui demande notamment d’examiner une réduction de la déduction de coordination ou la possibilité de commencer à épargner plus tôt.

L’intention peut sembler louable. Mais de telles interventions isolées sous-estiment l’étroite interdépendance entre les cotisations et les prestations dans la LPP. Réduire la déduction de coordination ou commencer à prélever des cotisations plus tôt ne permet pas seulement d’accumuler davantage de capital : cela augmente également les droits minimaux prévus par la loi.

Une question se pose alors : la plupart des caisses de pension ont depuis longtemps réduit volontairement la déduction de coordination ou l’ont complètement supprimée. Pourquoi une réduction de la déduction de coordination inscrite dans la loi serait-elle problématique ? Parce que, sur le plan actuariel, les deux situations ne sont pas équivalentes.

Lorsqu’une caisse réduit volontairement la déduction, le capital supplémentaire ainsi épargné relève du domaine surobligatoire. Elle peut alors appliquer un taux de conversion plus réaliste et plus bas. Une réduction prévue par la loi étend en revanche le champ de l’assurance obligatoire.

Il en résulte une promesse de prestations insuffisamment financée. Les actifs comblent la différence en subissant une rémunération plus faible de leurs avoirs. Des mesures ponctuelles bien intentionnées pourraient ainsi réintroduire cette redistribution des actifs vers les retraités que les caisses ont réussi à éliminer.

L’échec des grandes réformes ne plaide donc pas en faveur d’une réforme au coup par coup. Soit une proposition équilibrée voit le jour et règle conjointement les cotisations et les prestations. Soit la politique fait preuve de retenue, ose « ne rien faire » et laisse aux caisses leur marge d’adaptation. Entre-temps, elle peut concentrer son attention sur l’AVS, où la démographie et le financement exigent directement des décisions politiques.

Le deuxième pilier n’a pas besoin d’être sauvé de son prétendu manque de capacité à se réformer. Il faut le protéger contre une politique qui agirait sur certains paramètres sans tenir compte du fonctionnement du système dans son ensemble.

Cet article a été publié (en allemand) le 13 août 2026 dans le «Handelszeitung» (Print).

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