Les dépenses des villes pour la culture sont léthargiques. Ce sont surtout les grandes institutions qui sont soutenues, c’est-à-dire celles qui ont pu s’établir au fil des années. Du point de vue de la politique urbaine, cette approche est compréhensible. Elle permet en effet de maintenir des institutions phare dont l’attractivité paraît rayonner bien au-delà des limites de la ville.

Dans le même temps, le secteur culturel plus informel souffre de cette suprématie, car le rayonnement mentionné plus haut concentre non seulement l’attention des consommateurs, mais aussi les fonds publics. Les institutions existantes jouissent d’une sorte de protection et il y a peu de possibilités de promouvoir des projets innovants en dehors de leur cadre.

Veiller à ce que la concurrence des idées soit encouragée au niveau institutionnel est important et ce, en particulier dans le domaine de la culture subventionnée où les signaux du marché ne peuvent décider de l’offre,. En outre, l’ouverture aux idées nouvelles, non établies (et donc peut-être pas encore commercialisables), voire provocatrices, est une caractéristique spécifique d’une politique culturelle urbaine et intelligente.

Le monitoring des villes

L’indicateur évalue quelle proportion des dépenses culturelles urbaines est utilisée pour promouvoir la scène indépendante. Les valeurs ont été collectées début 2018 dans un questionnaire envoyé aux administrations municipales. La ville de Lugano n’est pas incluse dans l’évaluation, car elle n’a pu fournir aucune information.

Zentrum Paul Klee Berne. (Carmen Sopi)

Classement

Rang
 
Ville
Part des dépenses publiques pour la culture destinée à la scène indépendante, en %
Source : propre représentation
1
Berne
14
2
Genève
10
3
Lucerne
10
4
Winterthour
10
5
Zurich
10
6
Saint-Gall
7,2
7
Lausanne
6,8
8
Bâle
6,4
9
Bienne
6
10
Lugano
k.A.
Moyenne
8,9
N.A. : pas de données
Définition : part des dépenses publiques pour la culture destinée à la culture gratuite, en %.Période évaluée : état mars 2018Source des données : questionnaires adressées aux villes évaluées.

Résultats

Le retour d’information des villes sur la répartition de leurs budgets culturels confirme l’inertie présumée du financement public de la culture – l’écart à cet égard n’est pas trop grand. Dans toutes les villes, une part nettement majoritaire des subventions culturelles (entre 86% et 94%) va aux institutions culturelles établies. A Bâle, Bienne, Lausanne et Saint-Gall, moins de 10% du budget est ainsi disponible pour le financement de la scène indépendante.

A Genève, Winterthour et Zurich, cette part représente 10%. La ville de Berne consacre 14% de son budget culturel à la promotion de la culture gratuite. Pour les institutions culturelles établies, la différence entre 86% ou 94% peut paraître minime, mais, pour les promoteurs de la scène indépendante, obtenir 6% (Bienne) ou 14% – soit près du double – du budget de la promotion culturelle, cel fait une grande différence.

Dans l’ensemble, les villes ne brillent pas par une promotion courageuse de la culture. Quant à savoir si cette stratégie est pertinente en ces temps où la consommation culturelle est de plus en plus axée sur la demande et où les consommateurs ne se sentent pas à l’aise avec la rigidité des institutions établies, cela semble discutable (même si, bien entendu, aucune valeur optimale ne peut être définie pour le soutien des institutions culturelles indépendantes). La politique de financement actuelle doit donc être remise en question, même si l’on peut s’attendre à une opposition de la part des grandes institutions culturelles.

Vous trouverez de plus amples informations dans l’étude «20 ans de politique urbaine suisse». Pour des informations spécifiques sur la situation des festivals en Suisse romande, vous pouvez également consulter notre article «Cultiver les rives du Léman».